mardi 12 avril 2011

Une promesse et un coup de coeur

Si j’en avais les moyens, j’achèterais une bande dessinée par jour!

J’adore ouvrir une bande dessinée, mettre mon nez entre les pages et inspirer un bon coup! J’adore le contact de la couverture entre mes mains et celui des pages sur le bout de mes doigts!

Quand je suis chanceux, je découvre un vrai bijou : vous savez, quand l’histoire, les illustrations, le découpage, quand TOUT travaille de concert pour produire un intense moment de lecture! Le mot français pour décrire la chose est « félicité », je crois. Moi, j’aime bien le terme anglais, parce qu’on dirait que le son qu’il produit évoque mieux le sentiment décrit : Bliss!

Cette semaine, j’ai lu deux bandes dessinées et, oui, une des deux m’a comblé de bonheur. L’autre, moins réussie, est tout de même pleine de promesses et je crois qu’on peut attendre de grandes réalisations de son créateur!

Chroniques Sauvages - Teshkan, de François Lapierre, Glénat Québec, 2010, 56 p.

EN RÉSUMÉ...

Dans Chroniques Sauvages - Teshkan, François Lapierre conduit le lecteur en Nouvelle-France et lui propose de suivre Teshkan, un  jeune Algonquin du Clan du cerf, déchiré entre deux mondes. Son père, le chef du clan, croit qu’un rapprochement avec les Français, et plus particulièrement une soumission au Dieu des Blancs, mettra fin à l’ostracisme dont sont victimes les siens. Il charge donc son fils de ramener une robe-noire (un missionnaire jésuite) afin de les convertir et de conjurer le sort.

En rêve, Teshkan reçoit la visite de l’esprit de son défunt grand-père, Wanoki, l’ancien chef. Celui-ci a toujours refusé que le Clan du cerf entre en contact avec les Français, et il cherche à convaincre Teshkan que le salut ne passe pas par la soumission, mais par la confrontation. Les premiers rapports de Teshkan avec les Blancs (ivrognes, profiteurs, voleurs) semblent lui donner raison, jusqu’à ce qu’il fasse la connaissance d’un étonnant coureur des bois, nommé Lornand...

MON COMMENTAIRE

Ce n’est pas la première fois que Lapierre s’intéresse aux mythes amérindiens. Sa série Sagah-Nah (malheureusement interrompue après deux tomes par les Éditions Soleil) explorait certains des thèmes qu’on retrouve dans Chroniques Sauvages. Mais plus que les thèmes, c’est au niveau graphique que l’album est venu me chercher. Lapierre est le coloriste de la série Magasin Général de Loisel et Tripp, et ça se voit tout de suite, notamment dans sa façon de représenter la nature et l’hiver québécois : de toute beauté!

Au plan du scénario, Chroniques Sauvages est toutefois moins réussi. Lapierre ne parvient pas à rendre ses personnages attachants et l’intrigue introduit un revirement que presque rien ne permet de voir venir, ce qui m'agace toujours. À la seconde lecture, cette impression que l’histoire et les personnages auraient eu besoin de plus de pages pour se développer  m’a moins dérangé, mais il reste que  j’aurais souhaité un contenu à la hauteur du talent d’illustrateur de François Lapierre... La prochaine fois, peut-être!

Les Chroniques Sauvages deviendront-elles une série, dont Teshkan n'est que le premier tome ? Je le souhaite ARDEMMENT, car j’ai l’impression que tout ce dont Lapierre a besoin pour briller comme auteur (à part le temps, car il semble vraiment occupé par son travail de coloriste !), c’est d’un peu plus d‘espace !

Les larmes de l'assassin, de Thierry Murat, Éditions Futuropolis, 2011, 126 p.

Mon coup de cœur cette semaine va au très beau roman graphique de Thierry Murat, Les larmes de l’assassin.

EN RÉSUMÉ...

Tirée d'un roman jeunesse de Anne-Laure Bondoux, l’histoire se déroule à l’extrême sud du Chili, en Patagonie. C’est là que vit le petit Paolo, l’unique enfant d’un couple qui tristement le néglige. Un jour, Angel Allegria, un assassin en cavale, arrive à la ferme isolée où vit la famille de Paolo. Allegria tue froidement le père et la mère, mais est incapable d’éliminer l’enfant. L’orphelin et le meurtrier seront donc forcés de cohabiter ! Et c’est à partir de ce jour (que l’un et l’autre considèrent comme une naissance !) qu’une relation complexe et surprenante naît entre eux. Mais le lien qui unit l’homme et l’enfant est menacé quand, environ un an plus tard, un autre voyageur survient et s’installe dans la petite ferme…


MON COMMENTAIRE

Comme pour l’album précédent, on a affaire à un superbe travail au niveau des illustrations ! Les dessins, proches du croquis, ont quelque chose de brute en parfaite adéquation avec le décor hostile et les situations troublantes présentées dans l’histoire.  Les couleurs sépia et ocre donnent aux cases dépouillées leur caractère grave. Il en va de même de l’opposition de l’ombre et de la lumière que Murat exploite de façon efficace, en cachant les yeux du tueur dans l’ombre du bord de son chapeau jusqu’à la toute fin de l’histoire, par exemple.

Peu de mots dans ce roman graphique qui va à l’essentiel et qui n’a pas peur de laisser les images raconter d’elles-mêmes (les récitatifs sont d’ailleurs relégués à l’extérieur des cases !). Ici, ce qui compte, c’est la tension dramatique, l’ambiance, et Thierry Murat l’a bien compris.

Aux lecteurs qui ont l’esprit contemplatif, je résume mon commentaire en un seul mot: Bliss! 

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